J'avais envie de terminer l'année avec un film qui fête ses quarante ans. Non seulement, il ne les fait pas mais, en plus, il est injustement oublié du grand public. Voici Wolfen.

Wolfen - Affiche

L'histoire démarre quand un riche promoteur, en passe de démolir un vieux quartier du Bronx pour y construire un complexe immobilier, se fait sauvagement assassiner avec sa femme dans un parc à proximité du chantier. Epaulé par une psychologue légale, l'inspecteur Wilson est alors chargé d'enquêter sur ces meurtres et découvre que d'autres crimes ont eu lieu dans toute la ville avec des éléments similaires : des traces de morsures animales et la présence de poils humains sur plusieurs victimes.

Wolfen est l'adaptation du roman éponyme publié en 1978. A la réalisation, on retrouve Michael Wadleigh entré dans la légende pour son documentaire culte Woodstock de 1970, que visionne d'ailleurs Charlton Heston dans l'excellent post-apo zombiesque Le survivant. Wolfen est l'unique incursion du réalisateur américain dans l'univers de la fiction. Dans son numéro 262, le magazine Mad Movies expliquait que le montage initial aurait été jugé pas assez commercial par le producteur, trop surréaliste. De ce fait, ce dernier a pris les commandes une fois le tournage terminé et a supervisé lui-même le montage pour en faire un film fantastique moins "arty". Ce qui n'empêche pas le résultat final d'être sacrément réussi, c'est dire la qualité de ce que Wadleigh avait tourné. Malheureusement, peut-être à cause de cette mésaventure, celui-ci ne se consacrera plus qu'aux documentaires par la suite, ainsi qu'à son poste d'enseignant à l'université d'Harvard (sans renier son film pour autant).

Wolfen - Capture 1

1981 fût une année bénie pour les amateurs de lycanthropie au cinéma avec pas moins de trois authentiques classiques sortis cette année-là : notre film du jour, Hurlements et Le loup-garou de Londres (déjà chroniqué) ! Le plus jouissif, c'est que chacun d'entre eux a une vision personnelle et originale du mythe. Le postulat de Wolfen est excellent : il mêle la mythologie du loup garou aux croyances des natifs américains (les "indiens" quoi) et plonge le tout dans un cadre urbain. Avec subtilité, le parallèle est fait entre le destin des loups chassés sur le continent nord-américain et les natifs repoussés au banc de la société et souvent relégués à des postes ingrats dans l'échelle sociale. Les deux entités s'entremêlent et donnent un contenu politique puissant à ce long métrage. Dans la pure veine fantastique, l'histoire laisse toujours un doute quant à la nature des protagonistes : vrais loups-garous ou pure superstition ? Le doute est toujours permis et c'est ce qui rend le spectacle encore plus troublant, donc efficace.

Wolfen - Capture 2

A la qualité d'écriture s'ajoute une indéniable qualité technique. La réalisation de Michael Wadleigh est carrément géniale avec un sacré sens du cadre dès qu'il faut magnifier les décors naturels de New York ou rendre inquiêtant ce quartier en ruine voué à la démolition. Un vrai paysage de film d'épouvante qui offre de vrais moments de tension, voire de flippe totale (voir le passage dans l'église). Le point de vue des loups dans la ville est mis en scène à la première personne sous un filtre "thermo-optique" façon Predator et, là encore, allié à une utilisation parfaite du steady-cam, les scènes d'attaques fonctionnent parfaitement (avec un zeste de gore en prime). L'ambiance générale est caractérisée par une certaine tension, tension accentuée par la partition ponctuée d'expérimentations de James Horner. Le final est génialement cauchemardesque avec ses loups en liberté dans la ville qui prennent d'assaut un appartement. Une vision fantasmagorique à l'image de tout le film : 105 minutes de magie cinématographique, le genre fantastique dans ce qu'il a de plus classieux.