Virus - Affiche

L'histoire : En 1982, un virus artificiel libéré accidentellement provoque la mort de la quasi-totalité de l'humanité. Son pouvoir infectieux étant inhibé par le froid extrême, seuls les habitants des bases internationales en Antarctique ont été épargnés. Tandis que ces derniers d'organisent, ils apprennent qu'un séisme pourait provoquer des tirs de missiles nucléaires automatisés enclenchés par les Américains et les Russes dans la panique de la crise...

On peut regretter que le cinéma japonais a toujours eu du mal à s'exporter en France, que ce soit en salles ou en vidéos (même une franchise aussi connue que Godzilla n'a jamais été distribuée chez nous dans sa totalité). Les distributeurs estiment-ils que la différence culturelle est trop grande ? Si oui, comment expliquer que le cinéma hong kongais a plus de visibilité dans nos contrées ? N'étant pas un spécialiste du cinéma asiatique, je ne connais pas l'explication de cette différence d'exposition entre les deux pays asiatiques mais ce qui est sûr, c'est qu'on doit passer à coté de sacrées pépites. Alors certes, Virus n'est pas un chef d'oeuvre absolu mais il montre, par son ambition internationale et son budget conséquent (le plus gros à l'époque au Japon), que le cinéma japonais n'avait rien à envier au le cinéma américain. Avec une bonne partie de l'action prenant place aux Etats-Unis et un casting composé entre autres de George Kennedy, Robert Vaughn, Olivia Hussey et cette trogne de Henry Silva, l'ambition était clairement de toucher le public occidental. Las ! Les 156 minutes du montage original furent finalement jugées trop longues par le distributeur américain qui, avec l'élégance d'un boucher charcutier, réduira la voilure à 108 minutes pour l'exploitation télévisée et en vidéo (et c'est cette version courte qui fut distribuée chez nous en VHS) !

Virus - Capture 1

La version compléte a depuis été rééditée en occident et c'est celle-ci que j'ai pu découvrir avec un certain plaisir. Le script offre en effet un mélange assez sympa de film de contamination, post-apocalypse et film catastrophe façon 70's ! A la barre : l'expérimenté Kinji Fukasaku que je ne connaissais que pour Les évadés de l'espace (ersatz rigolo de La guerre des étoiles qui engrendrera la série San Ku Kaï) mais qui a une filmographie longue comme le bras comportant un certain nombre de classiques du ciné nippon apparemment. Tout ça pour dire que sa mise en scène est solide, offrant quelques plans saisissants de Tokyo et Washington jonchés de cadavres suite à la pandémie, exploitant la jolie photographie pour signer quelques tableaux à la beauté crépusculaire ou faisant monter la tension dans les décors hostiles et glacés de l'Antarctique (décors préfigurant ceux de The Thing qui sortira deux ans plus tard). Et comme dit dans le paragraphe précédent, il y a du budget et ça se voit à l'écran avec l'utilisation d'un authentique sous-marin et le tournage de certains plans un peu partout dans le monde. Bref, d'un point de vue purement technique, c'est du tout bon avec en plus un sens maitrisé de la narration qui rend les 156 minutes visionnables sans ennui.

Virus - Capture 2

Franchement, ce film aurait pu devenir véritablement incontournable sans quelques grosses ficelles, notamment concernant les circonstances assez fumeuses de la dispersion du virus, l'incroyable capacité de ravitaillement inexpliquée des survivants sur leur banquise, la façon dont est traitée la question de la perpétuation de l'espéce ou ce manque de bol total ajoutant la menace nucléaire à la menace pandémique ! Ceci dit, il y a aussi des idées bien vues comme ces scènes d'émeute devant les centres de vaccination, cette vision de militaires continuant la Guerre froide alors que le monde est en train de s'effondrer ou cette séquence aussi improbable qu'osée d'un gamin qui... se suicide ! Ajoutons à cette histoire bien rassasiante une sous-intrigue psychologique concernant le héros principal et on pourra sans doute reprocher à ce Virus d'avoir trop d'idées en même temps, ce qui fait qu'aucune ne sera totalement exploitée. En même temps, ce coté too much peut aussi faire partie du charme de ce blockbuster injustement oublié.