Légende des 8 samourais - Affiche

Dans le Japon féodal, une rivalité historique lie les clans Hikita et Satomi. Issus des Hikita, les machivéliques Tamazua et Motofuji envoient leurs soldats capturer la princesse Shizu, dernière descendante des Satomi. Celle-ci est sauvée par un guerrier qu'elle ne connait pas. Celui-ci lui révéle qu'il est de tous temps possesseur d'une perle magique et qu'une ancienne légende raconte que sept autres guerriers, tous détenteurs d'une perle semblable, vont venir les rejoindre pour vaincre le clan Hikita.

Il suffisait que je me plaigne, dans l'article précédent consacré à Virus, de la distribution relativement modeste des films japonais dans nos contrées pour que je découvre (avec beaucoup de retard !) que l'excellent La légende des 8 samouraïs a bien été édité chez nous en DVD. Derrière la caméra, un gage de qualité : Kinji Fukasaku dont chacun des films me donne envie de découvrir sa pléthorique filmographie. Coté casting, on a le plaisir de retrouver en tête d'affiche Hiroyuki Sanada qui a travaillé plusieurs fois avec Fukasaku (notamment pour Les évadés de l'espace) et qui avait marqué les téléspectateurs français au début des années 80 pour son rôle d'Ayato dans la série San Ku Kaï ! Au vu de sa filmographie, c'était une sacrée star au Japon et il a fallu quand même attendre les années 2000 pour qu'Hollywood s'intéresse enfin à lui (j'avoue que je ne l'avais pas reconnu sur le coup la première fois que j'ai vu Sunshine de Danny Boyle).

Légende des 8 samourais - Capture 1

La légende des 8 samouraïs rassemble plein de trucs que j'aime : un univers historique en costumes, des combats à l'épée et une bonne dose de fantastique. En résulte un film d'heroic fantasy avec tout ce que ça comporte de princesse, de prophétie, de combattants et de magie, mais avec un truc en plus : la touche asiatique. Je serais même tenté de dire qu'il ferait un beau double-programme avec le hong kongais Zu, les guerriers de la montagne magique sorti la même année. Certes, la réalisation de Fukasaku est plus académique et posée que celle complétement dingue de Tsui Hark (ce qui ne veut pas dire qu'elle est moins bonne), mais les deux films partagent cette folle générosité consistant à ponctuer le récit d'éléments inattendus : une décapitation par-ci, un bain de sang (littéral) par-là, en passant par un zeste d'érotisme sans crier gare ou l'irruption surprise de monstres  (dont un mille pattes géants !), tout ça sur bande-son improbable à base de synthés et de pop anglophone purement 80's ! D'autant plus surprenants que la tonalité globale reste relativement grand public, ces excés renforcent l'aspect onirique du spectacle. Alors oui, ça n'a aucune prétention scénaristique (c'est ultra-linéaire) mais cette aventure n'en demeure pas moins efficace car narrée d'une main de maître, même si les 135 minutes paraitront peut-être un poil bourratives pour les moins fanas du genre.

Légende des 8 samourais - Capture 2

Ce que j'ai adoré aussi dans ce film, c'est tout son coté visuel. Un autre blog taxait ses partis pris esthétiques de "kitschs" mais je ne suis pas d'accord. Je trouve au contraire que les décors en studios sont somptueux. Magnifiés par une superbe photographie de surcroit, ils ont un charme indéniable. On sent que ça a été pensé pour donner de véritables tableaux fantastiques avec un aspect théâtral assumé (voir les bras sortant de la roche ou l'antre de l'homme-serpent). Encore aujourd'hui, les fonds verts des infographistes n'égalent pas le travail des décorateurs en studios. L'éclairage de décors réels en plateaux peut créer des atmosphères fabuleuses et ce film en est une preuve supplémentaire. De même, les costumes issus de la culture ancestrale nippone sont absolument magnifiques, notamment ceux des méchants qui reprennent tous d'une façon ou une autre le même emblème de la flamme. Les tissus renvoient la lumière, les armures brillent de mille feux, il y a presque un coté Excalibur dans cette vision. Oui, La légende des 8 samouraïs mérite clairement d'être (re)découvert.