Disco Dancer (1982)
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Il aura fallu attendre la 415ème chronique de film pour enfin voir une production indienne sur ce blog. Merci encore à la chaine Arte de nous avoir ressorti ce monument de la comédie musicale bollywoodienne revisitant La fièvre du samedi soir et témoignant de la popularité du disco encore présente en Inde là où l'Occident était passé à autre chose en 1982. Après, c'est toujours compliqué de parler de cinéma exotique sans paraitre condescendant surtout quand, à l'image de notre film du jour, les qualités narratives et techniques ne s'élèvent clairement pas au niveau des standards du cinéma américain. De plus, ce même caractère exotique peut parfois amener à de l'incompréhension, voire à de la circonspection quant aux intentions du réalisateur à cause du décalage des cultures. Tout ça pour demander aux authentiques fans de ce film de ne pas m'en vouloir si la chronique qui suit parait un brin amusée.
L'histoire est celle d'Anil, jeune garçon au cœur pur chantant dans les rues de Bombay afin de gagner quelques roupies pour sa maman et lui. Les choses se gâtent quand un dignitaire l'accuse d'un délit qu'il n'a pas commis et le voilà chassé par le voisinage avec sa mère. En grandissant, Anil n'aura plus qu'une idée en tête : laver cet affront grâce à la puissance du disco.
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Vous reprochez aux drames hollywoodiens formatés pour les Oscars d'utiliser des ficelles trop grosses ? Vous n'avez rien vu car Disco Dancer va vous montrer ce que veut vraiment dire "mélodrame". En effet, rien ne sera épargné à Anil : ni l'humiliation publique, ni le rejet comme un pestiféré, ni le brisage de jambes, ni la tentative de meurtre, ni l'assassinat de sa mère (occasionnant une improbable crise guitarophobie aigüe chez notre infortuné héros)... Cerise sur le gâteau : le rival d'Anil dans les charts n'est autre que le fils de celui qu'il l'avait accusé dans le passé. Encore plus fou : le scélérat a aussi une fille que bien sûr Anil a séduite grâce à son jeu de jambes félin ! Il fallait au moins 135 minutes de métrage pour contenir ce récit shakesperien entrecoupé de numéros musicaux à faire pâlir Maritie et Gilbert Carpentier. Et la revanche sociale du danseur de disco n'en est que plus belle. Si le début nous laisse imaginer un antagonisme primaire "gentils pauvres contre méchants riches", le récit s'avère en fait plus nuancé en montrant notamment la promptitude des voisins à jeter des cailloux sur la mère et son fils après une simple accusation sans chercher à connaitre le fin mot de l'histoire. N'empêche que la notable est une ordure de la pire espèce n'hésitant pas à utiliser les plus vils moyens pour arriver à ses fins (hommes de main, tueur à gage au look ridicule...). Tout aussi outrancière qu'elle est, l'histoire est racontée avec un premier degré stupéfiant, même quand elle injecte de pures séquences d'action où notre héros montre qu'il ne sait pas faire que chanter et danser comme un dieu, il sait aussi distribuer des mandales comme personne. Je ne vous raconte pas le grand final délirant où notre disco fighter, poussé à bout (on le comprend), rentre dans le salon de sa ennemi juré avec sa voiture avant de faire le ménage chez les bad guys, tel un Chuck Norris de la grande époque ! Dire que le film commençait avec un enfant bondissant jouant du pipeau.
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Et l'aspect musical dans tout ça ? Et bien, il est au diapason (jeu de mots involontaire inside). Le métrage assume complétement son héritage en punaisant fièrement un poster de John Travolta dans la chambre du héros. Les scènes de disco sont hallucinantes en tous points de vue. Couleurs criardes, effets stroboscopiques, transparences et zooms à foison, le réalisateur use de toutes les techniques pour retranscrire toute la folie des soirées disco les plus endiablées, quitte à achever les spectateurs épileptiques. Les musiques sont de qualités variables et sont parfois redondantes mais on ne peut pas s'empêcher de pouffer en reconnaissant les plagiats éhontés de Video Killed The Radio Stars des Buggles ou de T'es OK, t'es bath d'Ottawan retravaillés à la sauce indienne ! Clin d’œil qui tue : dans la scène de réception, on peut entendre en fond sonore la mélodie jouée à l'orgue Hammond de You're The One That I Want de la comédie musicale Grease où figurait... John Travolta (et ouais les jeunes, Quentin Tarantino n'est pas le premier à jouer avec les références). N'empêche que l'acteur principal Mithun Chakraborty, sans nier son énergie et sa motivation, n'a pas le même swing que son modèle américain et on peut en dire autant de ses autres collègues à paillettes. Disons que là aussi, il y a une sorte de naïveté qui se dégage des scènes de danse à moitié chorégraphiées et à moitié improvisées (vous ne me ferez pas croire que l'idée du tirage d'oreilles a été réfléchi en amont !?).
Pour résumer, Disco Dancer est un spectacle rigolo bien que bourratif (un défaut du cinéma indien si je comprends bien). Son succès sera assez important et dépassera même les frontières de son pays (il a même eu droit à son édition DVD chez nous !). De quoi motiver son réalisateur Babbar Subhash de récidiver deux ans plus tard avec Kasam Paida Karne Wale Ki inspiré apparemment de Michael Jackson période Thriller !