Jean-Michel Jarre "Zoolook" (1984)
Souvenirs, souvenirs... Jean-Michel Jarre fait partie, avec Kraftwerk, des artistes qui m'ont fait découvrir la musique électronique tout jeune. Si la collection de disques vinyles 45 et 33 tours de mes parents comportaient surtout de la variétoche plus ou moins écoutable aujourd'hui, on pouvait y trouver une poignée de morceaux qui dénotaient. Parmi ceux-ci, Cambodia de Kim Wilde, Joan Of Arc d'OMD ainsi que Equinoxe 5 et Les chants magnétiques 2 de Jean-Michel Jarre. L'OVNI suprême étant quand même l'album Radio-Activity de Kraftwerk classé entre La compagnie créole et Sardou ! Mais trêve de nostalgie à base d'anecdote sans intérêt ! Attaquons Zoolook, le quatrième album électronique de Jean-Michel Jarre sorti en 1984 et, CECI N'ENGAGEANT QUE MOI, le dernier album vraiment indispensable de l'artiste français.

Zoolook fait suite au Chants magnétiques sorti trois ans plus tôt, album un poil décevant, le meilleur y côtoyant hélas le pire. Heureusement, Zoolook redresse la barre de façon convaincante. Certes, il n'égale à aucun moment Equinoxe, le chef d’œuvre de Jarre, mais il demeure un album sacrément efficace et créatif dont les sept titres sont bons. La grande originalité est son concept basé sur le langage. Tout l'album est ainsi construit autour de samples vocaux enregistrés dans une multitude de langues. Ces échantillons sonores collés, découpés et triturés donnent une patine ethnique à la musique électronique, ce qui offre un savoureux mariage d'ambiances. A cela s'ajoutent percussions ainsi qu'une basse presque funky comme dans l'énormissime Ethnicolor qui ouvre l'album. Douze minutes de pur bonheur qui démarrent dans une ambiance onirique avant d'exploser en milieu de morceau dans une symphonie de nappes synthétiques pour déboucher sur une envolée rythmée par une batterie bien lourde, du tout bon ! Le voyage se poursuite avec Diva et sa partie vocale découpée et ses échantillons sonores en tous genres. Un titre planant au départ mais le rythme prend le dessus avec une ligne de basse funky et une série de percussions à faire trembler les murs ! La mélodie de la plage suivante, Zoolook, peut sembler naïve mais, dans le contexte ethnique de l'album, ça passe sans problème surtout que les samples vocaux séquencés sont vraiment cools. Wooloomooloo tape dans l'ambient la plus pure avec une atmosphère lourde où les sons organiques côtoient une rythmique quasi-industrielle pour un résultat à la limite de l'hypnotique. Ambiance dance music avec le titre suivant, Zoolookologie, le hit commercial de l'album et une belle réussite dans le genre "électrofunk" (ça se dit ?). La ligne de basse est carrément énorme et son breakbeat est imparable. L'album se termine sur le puissant et mécanique Blah Blah Café suivi, en guise de conclusion, du planant mais bien trop court Ethnicolor II.
De par sa créativité, Zoolook fait partie des indispensables de Jean-Michel Jarre. Il y a eu de la prise de risque puisque l'esprit est totalement différent des trois opus précédents. Par contre, je trouve la suite de sa discographie bien moins marquante avec des albums inégaux dont les arrangements et la production ne supportent pas tous aussi bien le poids des années. Il n'empêche que Jean-Michel Jarre a influencé bon nombre d'artistes qui ont suivi, notamment sur la scène trance des années 90.