Le justicier contre la reine des crocodiles (1984)

L'histoire : le guerrier solitaire Mandala vient en aide à une jeune femme dont le fiancé a été enlevé par la reine des crocodiles. Pour vaincre cette dernière et son armée, il doit d'abord retrouver l'épée du diable convoitée par quatre autres guerriers aux capacités extraordinaires.
Que les puristes du cinéma indonésien me pardonnent à l'avance. Point de grande fresque à l'horizon ou de chef d’œuvre à l'importance culturelle ou historique, mais du cinoche bien bis comme on l'aime sur ce blog. Et puis comme chacun sait, la distribution vidéo a ses raisons que la raison ignore et des nanars atomiques comme La revanche de Samson ou Le justicier contre la reine des crocodiles sont bien plus facilement trouvables que d'autres oeuvres plus somptueuses et fréquentables de ce cinéma asiatique trop méconnu. En tous cas, c'est l'éditeur Bach Films (toujours dans les bons coups) que l'on doit remercier pour avoir exhumé notre film du jour, un classique de l'heroic fantasy indonésien complétement fou. Une initiative à n'en point douter motivée par la popularité de la peloche sur le site Nanarland et une édition généreuse puisque double avec l'ajout d'Au pays de la magie noire, autre production locale surprenante (quoique très bancale) sortie en 1975 et mélangeant aventure et fantastique.

Sorti en 1984, Le justicier contre la reine des crocodiles a sans doute vu sa production motivée par le succés de Conan le barbare deux ans plus tôt et le retour en grâce de la fantasy qui en a découlé au ciné. A l'image du cinéma bis rital, le cinéma fantastique indonésien est plutôt du genre artisanal. Rien à voir avec le grand Hollywood en tous cas. Mais ses limites techniques et artistiques sont compensées par une extrême générosité et une absence de retenue assez stupéfiante (voir les costumes des hommes crocos montrés sans aucune vergogne). Le script a beau être basique, voire naïf, on est constamment surpris par ses rebondissements improbables et ses idées complétement décalées. Le début annonce la couleur quand un bad guy débarque en faisant du surf sur un rocher volant ! Influencé par le cinéma d'action hong kongais, le film use et abuse des câbles pour les scènes de kung-fu. Doublé d'un sens parfois hystérique du montage et d'une mise en scène tout aussi approximative, le résultat s'avère tout bonnement hilarant.

Sans aucune temps mort, le spectacle est dépaysant. Formaté aux codes du cinéma US, on est du coup surpris pas ces pics de gore improbables (décapitations en série et découpages en tous genres !) ainsi que par cet érotisme latent (bien que soft, c'est toujours surprenant venant d'un pays musulman). Le personnage de la reine des crocos est à ce titre croquignolesques, sorte de créature nymphomane insatiable ! Ce film transpire la spontanéité et la sincérité, piochant un peu partout pour notre plus grand plaisir (une référence au Styx par-ci, un cyclope en carton-pâte par-là et des rayons laser pour faire cool aussi !). Je lui trouve même deux qualités au premier degré : quelques beaux décors naturel locaux et sa bande-son synthétique inspirée.