Le bateau (1981)
Pour l'article de ce jour, je cherchais un film que je n'avais pas visionné depuis longtemps. C'était le prétexte parfait pour rebrancher ce bon vieux magnétoscope et de ressortir une cassette VHS de derrière les fagots. Rangé (caché ?) dans un coin, un grand carton contenant une petite soixantaine de ces cassettes prenant l'humidité dans l'attente d'un jour comme celui-ci (qui arrive une fois par an grosso modo). Je sélectionne trois titres, un seul en réchappera. Histoire de retendre la bande du film d'animation japonais Venus Wars, je tente un audacieux bobinage/ rembobinage : la bande magnétique se désintègre (elle se coupe quoi) ! C'est la première fois que ça m'arrive. Allez, on tente le chef d’œuvre (ironie inside) Tarzan l'homme singe de 1981 dans lequel Bo Derek se déshabille toutes les quinze minutes (comme dans la plupart de ses films diront les mauvaises langues). L'image est bizarrement en noir et blanc ! La dernière fois que l'avais visionné, la couleur était bien là, mais c'était encore sur un téléviseur à tube cathodique, problème de format ? Pas le temps de se casser la tête, la troisième tentative sera la bonne : Le bateau (Das Boot en VO), le classique de Wolfgang Petersen, passe sans problème. Plus de 3 heures de pure maestria et une occasion pour ce blog de se la jouer "sérieux" après les exploits de l'agent secret miniature Weng Weng, les destructions de maquettes de Godzilla et les patchworks filmiques de Godfrey Ho.
Avec Le bateau, adaptation d'un roman publié en 1973, le spectateur suit le jeune équipage du sous-marin allemand U-96 en pleine bataille de l'Atlantique en 1941 (période où les Alliés commencent déjà à prendre le dessus sur les mers). Difficile de s'y retrouver car plusieurs montages existent. Pour faire simple, sorti initialement en 1981 dans un montage de 2h29, le film a ensuite été remonté avec des rushes non utilisés pour une diffusion télé en 3 épisodes de 100 minutes. En 1997, Wolfgang Petersen reviendra en salle de montage et livrera son director's cut de 3h29 intégrant au montage original de 1981 des séquences apparues dans la version télévisée (ça va, vous suivez ?). Bref, tout ça pour dire que je ne connais ce film que dans son montage de 1997, tellement intense et spectaculaire qu'on ne voit pas les 209 minutes passer.
L'histoire s'attarde peu sur le contexte politique de la bataille. L'équipage ne comporte qu'un seul officier nazi en second rôle, objet de sarcasme de la part des marins désabusés envoyés au casse-pipe par une hiérarchie bien au chaud dans ses petits souliers. Les membres d'équipage ne sont pas décrits comme des extrémistes fanatisés mais plus comme des troufions qui obéissent bêtement aux ordres. Hormis trois scènes sur terre en début, milieu et fin de métrage, l'ensemble de l'action se déroule en mer et essentiellement à l'intérieur du sous-marin. Dans un espace aussi réduit, le réalisateur réussit l'exploit de rendre l'action très dynamique grâce à une caméra virevoltante qui parcourt la coursive du bâtiment avec une fluidité incroyable (merci la steadycam !). L'impression d'immersion est totale et l'action n'en devient que plus spectaculaire. Car bien que certaines séquences décrivent le quotidien passif de l'équipage, le film est très intense dès qu'il s'agit de mettre en scène le jeu du chat et de la souris avec la marine britannique ou lorsque le bâtiment est immobilisé au fond de la Méditerranée avec une importante voie d'eau. Claustrophobiques, s'abstenir !
La bateau a bénéficié d'un budget conséquent, ce qui contribue forcément à l'ampleur visuelle de l'ensemble. Toutes les techniques ont été utilisées pour un résultat très convaincant : décors naturels, décors reconstitués en studio, maquettes... Le film se paie même le luxe de se terminer sur une scène de bombardement courte mais ô combien spectaculaire avec de vrais avions (c'est quand même plus classe que les CGI actuels utilisés pour tout et n'importe quoi). Le casting est également impeccable avec en tête d'affiche Jürgen Prochnow, magistral en capitaine du sous-marin. Enfin, on ne peut parler de ce film sans évoquer le mythique thème musical signe Klaus Doldinger, rendant les images du sous-marin fendant les vagues encore plus épiques.

Vous l'aurez compris, Le bateau est une réussite totale, un vrai classique du cinéma allemand mis en scène par un Wolfgang Petersen transfiguré. Ce dernier ne réitérera malheureusement jamais l'exploit. Son film suivant, L'histoire sans fin, est une belle réussite dans son genre mais le réalisateur se lancera par la suite dans l'aventure américaine pour terminer yes-man sur des productions friquées mais sans grande saveur.
J'ai vu très peu d'autres films de sous-marins. Il y a évidemment A la poursuite d'Octobre Rouge de John McTiernan, un chef d'oeuvre dans le genre thriller politique. J'avais apprécié K-19, Le piège des profondeurs de Kathryn Bigelow mais ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu. Et puis dans le genre "divertissement SF sans prise de tête", on peut citer le rigolo Le sous-marin de l'Apocalypse de 1961.

