Scout toujours... (1985)

Vous aurez remarqué que je ne suis pas un grand amateur de cinéma français mais j'ai fait un effort et me suis branché récemment sur la chaine Gulli (ça n'arrive pas tous les jours) pour découvrir Scout toujours..., la deuxième réalisation de Gérard Jugnot. Ce dernier incarne Jean-Baptiste Foucret, vieux garçon sans charisme ni sens de l'autorité, chargé d'emmener une turbulente bande de scouts en camp d'été. Il va rapidement devenir le souffre-douleur de ses jeunes protégés...
Est-il encore nécessaire de présenter Gérard Jugnot ? Faut dire qu'on a droit chaque année à la télé à un documentaire minimum consacré à la troupe du Splendid qui passa avec succès du café-théâtre au grand écran avec des comédies multi-rediffusées : Les bronzés en 1978, Les bronzés font du ski en 1979, Le père Noël est une ordure en 1982 et l'hilarant Papy fait de la résistance en 1983 (croyez-le ou pas, c'est le seul des quatre que j'ai vu !). Dans ce dernier, Jugnot me fait mourir de rire. Rêve ultime de beaucoup de comédiens : se diriger eux-mêmes et notre vedette du jour n'a pas attendu longtemps pour s'essayer à l'exercice puisque c'est en 1984 qu'il a signé Pinot simple flic (pas encore vu, j'avoue). Avec sa taille modeste, sa tête ronde, sa moustache et sa calvitie, il incarnait parfaitement à l'écran le "type moyen" (si tant est que cette expression veuille dire quelque chose). Toujours est-il que c'est dans le même registre que son personnage principal évolue dans Scout toujours..., un mec simple, trop simple pour son entourage qui ne lui fera pas de cadeau...

La tonalité de cette comédie est de ce fait douce-amère, les plaisanteries des scouts les plus endurcis allant souvent trop loin, ce qui les rend rapidement antipathiques. Foucret devient une victime et on est à deux doigts d'applaudir lorsqu'il administre enfin la gifle que le gamin n'avait vraiment pas volée (n'en déplaise aux Apôtres de l'éducation parentale nouvelle). Il n'y a pas vraiment d'intrigue construite, c'est un reproche que l'on pourrait faire. Il s'agit d'une succession de scénettes ayant pour background le scoutisme qui ont pour but d'endurcir le héros, auxquelles s'ajoutent quelques péripéties assez surprenantes pour un film vendu comme familial (pourquoi cette histoire de proxénétisme avec ces gitans !?). A ce propos, même le plus dégourdi des gosses dans Les Goonies est un petit joueur face aux monstres sur pattes de Scout toujours... : ça fume, ça boit, ça vole, ça s'encanaille avec une prostituée (!!!)... Euh, à quel public s'adresse ce film ? La tonalité est un peu bâtarde quand même ! Mais c'est aussi ce qui fait la patte des 80's (de façon positive ou négative selon les sensibilités).

La réalisation de Gérard Jugnot est très académique même si on sent une volonté à travers certains plans de capter le joli paysage montagnard. On est loin de la sophistication technique hollywoodienne, c'est une comédie 100% européenne avec tous ses clichés : on n'échappe donc pas à la femme à poils, aux mecs à poils (deux fois dont un plan frontal, mais pourquoi !?), une prostituée et même un homosexuel ! De bien belles discussions familiales ont dû être lancées grâce à Gulli ! Plus sérieusement, l'approche est carrément bancale. Autant les délires potaches de Troma m'amusent (parce que c'est clairement adressé à un public averti) autant je trouve que Scout toujours... franchit à plusieurs reprises les limites du bon goût pour un auditoire potentiellement jeune. Ceci dit, on ne pourra justement pas lui reprocher d'esquiver les tabous puisqu'il est même fait allusion le temps d'un réplique à la pédophilie dans le scoutisme ! Comme publicité, on aura fait mieux !