La mort au large (1981)
A l'occasion de la publication récente du super livre Bad Requins, l'histoire de la sharksploitation chez Huginn & Muninn, je vous propose de revenir sur un des rip-off les plus éhontés du chef d'oeuvre Les dents de la mer. Je veux parler de La mort au large, classique du bis italien réalisé par Enzo G. Castellari.

Vaillant représentant du cinéma de genre dans les années 60 et 70, le cinéma italien est en sérieuse perte de vitesse, d'inspiration et de pêpêtes à l'aube des 80's. Il faut dire qu'à partir de la deuxième moitié des 70's, Hollywood a enfin compris le potentiel commercial du cinéma fantastique et de science-fiction, et a commencé à y mettre les moyens techniques et financiers. Ce qui a donné entre autres Les dents de la mer, La guerre des étoiles ou Alien, le 8ème passager, des prototypes de "blockbusters" à grand spectacle qui ont rapporté des montagnes de dollars. Les producteurs italiens décidèrent alors de monter leurs propres versions de ces grands succès commerciaux, histoire d'en profiter et de récolter quelques miettes du pactole (sur un malentendu, ça peut passez chez le spectateur). Ainsi débouleront dans les cinémas de quartier, des ersatz italiens de Alien, Mad Max 2, New York 1997, La guerre des étoiles, Conan le barbare et même La guerre du feu ! Puisqu'il a des factures à payer comme tout le monde, Enzo G. Castellari, honnête artisan ayant essentiellement signé des westerns et des polars dans les 60's et 70's, se plie à la tendance et dirige donc La mort au large, premier d'une série de rip-off jouissifs qu'il réalisera et qui comprendra également un sous-New York 1997/Les guerriers de la nuit (avec Les guerriers du Bronx) ou un sous-Mad Max 2 à se rouler par terre (Les nouveaux barbares).

Ne pouvant rivaliser avec Hollywood en terme de budget, la production a commencé par faire des économies en se passant de scénariste. Une simple photocopieuse a fait l'affaire pour reproduire le canenas scénaristique des Dents de la mer. Histoire d'avoir bonne conscience, quelques noms ont été modifiés et quelques détails également (ce n'est plus l'ouverture de la saison estivale mais une compétition de planches à voile que le maire veut à tout prix maintenir). On notera au passage l'inspiration de l'équipe marketing qui appose discrètement un "3" sur l'affiche, histoire d'entretenir la confusion auprès du public peu averti, le deuxième opus des Dents de la mer étant sorti deux ans avant et les rumeurs d'une troisième épisode commençant à circuler. Avec tout ça, La mort au large a quand même eu le temps de rester à l'affiche une semaine aux Etats-Unis et d'y engranger deux fois son budget initial avant que Universal ne réagisse et intente une action en justice qui aboutira au retrait du film italien des salles américaines. Selon le livre Bad Requins, La mort au large a même été distribué au Brésil, au Japon et en Espagne comme étant le troisième volet officiel de la saga Les dents de la mer ! Enorme.

Bon, finalement, que vaut le film ? Bien que doté d'un rythme pas folichon et d'une histoire sans surprise, il reste amusant à visionner. Déjà, les fans des Dents de la mer comme moi s'amuseront au jeu des sept erreurs en essayant de retrouver les différences entre les deux films. Ensuite, il y a toujours cette touche italienne unique, cette absence de gêne à montrer ses effets spéciaux, quand bien même ils sont loin d'être parfaits. Les nombreuses séquences où le requin (plutôt glouton au passage) est en action sont les plus drôles avec sa grosse tête peu mobile et ses grognements (puisqu'on vous dit qu'un requin, ça grogne !). Il est même à l'origine de l'éjection d'un superbe mannequin en mousse visible à trois kilomètres. Les séquences d'attaque sous-marine sont rigolotes avec une utilisation intensive de maquettes filmées dans un aquarium (ou serait-ce une baignoire ?). Enfin, impossible de ne pas évoquer l'utilisation des stock-shots de requins dont l'éclairage et la granulosité dénotent souvent avec le reste du métrage. Ceci dit, il faut admettre que le réalisateur Enzo G. Castellari sait y toucher et il le montre à travers certains plans bien pensés (dont une séquence au ralenti superbe bien qu'inutile !). Ce n'est pas un tâcheron, il a juste fait avec les moyens qu'on lui allouait et sa réalisation est infiniment plus convaincante qu'un téléfilm du type Shark Attack ou Sharknado par exemple.