Histoires de fantomes chinois - Affiche

Destination la Chine Ancienne où Ning, un inspecteur des impôts, est envoyé dans un village reculé où il reçoit un accueil des plus glaciaux. Rapidement sans le sou (!!!), il est obligé de s'installer dans un monastère abandonné. Il découvre vite que le bâtiment est aussi habité par un mystérieux ermite et des fantômes.

S'il est un nom synonyme de cinéma fou-fou-fou des années 80, c'est bien celui de Tsui Hark. Via sa société Film Workshop, le trublion du cinéma hong kongais a pris un malin plaisir à dynamiter les codes de mise en scène, conférant à tout ce qu'il touche une énergie unique et une volonté d'aller toujours plus loin dans la créativité. Seconde moitié des 80's, alors que le polar musclé est au sommet de sa popularité, le réalisateur/producteur décide de monter SA vision du folklore populaire avec Histoires de fantômes chinois. L'occasion pour lui d'engager le réalisateur Ching Siu-tung dont ce sera la troisième mise en scène et qui fut auparavant chorégraphe des combats sur l'épopée Les 14 amazones, le survitaminé Le singe fou du kung-fu ou encore Zu, les guerriers de la montage magnique de Tsui Hark justement. Les deux hommes entretiendront une belle collaboration, sans doute grâce à la modestie Ching Siu-tung qui saura s'accomoder de l'intrusivité légendaire du producteur Tsui Hark (ce qui explique que tous les films qu'il produira porteront fortement sa patte).

Histoires de fantomes chinois - Capture 1

Alors, Histoires de fantômes chinois est-il fidèle à la réputation d'imprévisibilité de Tsui Hark ? Carrément ! Et ce qui marque avant tout, c'est son mélange complétement fou des genres : fim en costumes, action, romance, comédie, fantastique et horreur s'alternent et s'entremêlent pous donner un spectacle surprenant de bout en bout, d'autant plus pour le spectacteur occidental peu habitué aux changement brutaux de tonalité voyant se suivre coup sur coup gag purement cartoonesque, numéro chanté (façon Richard Gotainer made in HK !) et tableau d'épouvante (la séquence des momies est purement géniale) ! On baigne en tous cas dans l'onirisme le plus total, effet renforcé par les partis pris esthétiques du tournage en studios, de l'omniprésence des voiles flottant au vent et de la nuit quasi-constante et pluvieuse sous un éclairage bleu métallique (la 80's touch ultime). Cette histoire d'amour fantômatique est de plus plus teintée d'un érotisme aussi chaste que fascinant, grâce notamment à la belle Joey Wong (aka Wang Tsu-hsien) dont le regard doucement provocant et la plastique indéniablement cinégénique envoûtent littéralement la caméra ! Pas trop long (un peu moins de 100 minutes au compteur), ce film est un incroyable conte de fées pour adultes qui enfilent les surprises visuelles et scénaristiques sans le moindre coup de mou.

Histoires de fantomes chinois - Capture 2

Et pour servir un tel spectacle, il fallait aussi des effets spéciaux à la hauteur et c'est la société Cinefex Workshop, spécialement créée par le producteur, qui s'en est occupé avec brio pour offrir une réelle expérience visuelle. On reconnait déjà la touche Tsui Hark dans les scènes d'action où l'utilisation des cables permet aux différents protagonistes d'effectuer des exploits physiques toujours plus suprenants (pour ne pas dire impossible quand il s'agit de voler par exemple !). Les séquences purement fantastiques sont également génialement marquantes : utilisation du stop motion (rendant l'effet onirique encore plus fort), langue géante attaquant une maison avec de s'ouvrir pour laisser découvrir une machoire (!!!), têtes volantes (!!!), etc... On a l'impression que l'équipe ne s'est fixé aucune limite et le pire c'est que ça marche du tonnerre, le résultat est réellement magique.

A la suprise générale, Histoires de fantômes chinois relancera la mode du film de fantômes folklorique à Hong Kong. Face à ce succés, Tsui Hark et Ching Siu-tung sortiront deux suites que je n'ai pas vues en 1990 et 1991 toujours avec Joey Wong. Puis c'est sur une autre saga que les deux hommes collaboreront avec Swordsman 2 en 1992 (absolument génial) et Swordsman 3 en 1993. A noter que c'est ce même Ching Siu-tung qui réalisera Dr Wai en 1996, sympathique remake non officiel du Magnifique dans lequel Jean-Paul Belmondo est remplacé par Jet Li !